Apprendre la nutrition aux jeunes enfants du 21ème siècle.
Tâche ardue s'il en est. Comment dire aux enfants que ce qu'il mange quotidiennement est mauvais pour leur santé sans les effrayer ? Ils pensent immédiatement à ce que papa ou maman leur propose. Il ne s'agit ni de les traumatiser, ni de culpabiliser les parents. Il est bien plus question de leur montrer autre chose, de leur enseigner ce qu'est une saine nourriture.
Je les rassure toujours en leur disant qu'on peut manger de tout à condition de manger aussi des bonnes choses. Ils comprennent très bien, mais la difficulté est de leur faire goûter tout ce qu'ils ne connaissent pas et qui les effraie. Oui, goûter une feuille d'épinard, une feuille de chou, une carotte, un œuf à la coque, le poisson, un steack qui n'est pas haché.... ça fait peur.
À moi, ce qui me fait peur c'est l'idée que je me fais d'un futur dans lequel les enfants ne connaisssent que les coquillettes et les knackis. Les parents de mes petits-enfants essaient tant bien que mal de varier les repas, mais c'est bien souvent une lutte sans merci. En ce qui me concerne, je ne me sens pas autorisée à m'immiscer dans leurs habitudes alimentaires. Cependant, lorsque je dois les nourrir je suis incapable de mettre dans leur assiette une alimentation industrielle. C'est déclencher un tsunami que de leur proposer une viande qu'il faut mâcher et un légume autre qu'un féculent, et encore même les féculents, hormis la bonne vieille pomme de terre, c'est difficile de les leur faire manger.
Alors que faire lorsque rien ne trouve grâce à leurs yeux ?
Je dévelope des tactiques. Elles sont bien souvent basées sur le mensonge. Rhô ce n'est pas beau de mentir, ce n'est pas un bel exemple. Alors je ne mens presque pas, je travestis la vérité, voilà. Il y aurait aussi, parait-il, des mensonges de politesse. Ainsi la politesse, voire le savoir faire viennent à mon secours.
"On" n'aime que les yaourts à la fraise ? Tant qu'on ne sait pas lire, en cas de rupture de yaourt à la fraise, le nouveau yaourt (à la framboise) devient un yaourt "fraise-framboise" et "on" s'aperçoit qu'on préfère le yaourt fraise-framboise. Là ce n'est vraiment pas glorieux, mais ça entre quand même dans la catégorie, ne pas manger toujours la même mixture. En grandissant, tout devient plus difficile. Dès la première année d'école primaire, avec l'arrivée de la lecture il devient plus compliqué de faire avaler
des couleuvres.
Alors il faut ruser, inventer des noms. Puisqu'ils n'aiment que les saucisses industrielles, quand je veux du boudin blanc fabriqué par mon artisan boucher, je décide que ce sera de la saucisse blanche. Chez eux, ils ne veulent pas manger de boudin blanc, à la maison ils me réclament des saucisses blanches. Puisque le subterfuge a bien fonctionné, au prochain repas de saucisse blanche et après que la saucisse sera partie dans l'estomac, je vais leur expliquer qu'il s'agit en fait de boudin blanc.... cela devrait aider un peu papa et maman. Dernièrement, j'avais envie de poivron rouge. Impossible d'anoncer "ce midi ce sera poêlée de poivron rouge", c'est infecte ça le poivron. Alors ma poêlée est devenue "rougail". Pour le plus grand, tout devient plus délicat car il y a de nombreux aliments qu'il reconnait. Peu importe mon faux-rougail était doux, avec un goût presque sucré, et foi de moi, tout le monde s'est régalé.
Les œufs cocotte sont devenus des petites cocottes, et là aussi la magie opére.
Mais il y a des aliments plus difficiles, dans ces cas là, je leur demande de "goûter" et je leur dis qu'ils ne sont pas obligés de manger. Goûter ressemblait à un supplice. Ma satisfaction est de constater que maintenant, lorsque je leur dis que je serais contente qu'ils acceptaient de goûter, que cela ne les obligera en rien à manger, ils goûtent. Je dirais même qu'ils goûtent facilement et qu'ils avancent à petits pas dans la grande aventure du goût. Entre autre chose, ils ont ainsi découvert l'artichaut, l'asperge, l'avocat, les pois chiches, les haricots verts, les haricots plats.... bref une multitude d'aliments, de textures, de saveurs.
Mon prochain défi sera de leur proposer un gratin d'aubergines, mais pour cela je vais passer par une étape intermédiaire qui sera soit des lasagnes (maison) soit des cannellonis (maison aussi bien entendu). Souhaitez moi bonne chance !


